Esthétique de la déchirure

Une affiche à Sofia, vouée à une disparition prochaine, mais une affiche en évolution : Lente expulsion des pigments par le papier, migration vers le bleu de toutes couleurs, bleuissement des chairs, approfondissement des regards, pupilles chargées du mystère physique du passage des saisons.

Ainsi le temps crée un tableau. Par coupures, collages, usure, décoloration. Hasard de la main traînante du passant. Hasard des jeux du colleur d’affiches. Superpositions aléatoires et surprenantes. Œuvres conjuguées de l’homme, du soleil, de la pluie, du vent et de la neige.

Mais l’œuvre urbaine est aussi mienne : Choisir l’affiche. Choisir un regard, une bouche, l’essentiel de ce qui constitue un visage. Cadrer dans le visage disparu, l’espace qui fut son existence. Recréer le visage à partir de ces éléments, survivants de la fracture du temps, inventions laniérées et géométriques. Le cadre de ces tableaux n’est ni de bois ni de métal, le cadre de ces visages disparus-ressurgis autrement est celui de mon regard, à l’affut de ces œuvres urbaines brutes et en même temps ultra sophistiquées.

Enfin, choisir l’instant: attendre que l’œuvre du temps soit idéale, la maturité de l’affiche parfaite. Cueillir le fruit par l’acte photographique à son summum de beauté artistique.

Pour vous l’offrir.

Exposition au Dada cultural bar, Sofia, janvier 2011

Exposition à l’Institut français de Sofia, octobre 2010